LE MINISTERE PASTORAL

 

L3 – I /1.0

 

ETRE PASTEUR AUJOURD’HUI

 

(Texte adopté par le Directoire en sa séance du 18 février 1982)

 

Le Seigneur Jésus-Christ, en vivant dans et pour son corps qui est l’Eglise, lui donne des ministres divers afin qu’elle puisse s’édifier en lui et accomplir au sein du monde la mission à laquelle il l’a destinée. C’est donc lui qui appelle, par l’action du Saint-Esprit, à tout ministère particulier dans l’Eglise (Thèses Bosc-Greiner). Au sein de cette communauté des « appelés » (Eglise) le pasteur est chargé d’exercer un ministère spécifique qui lui a été confié.

 

Dans une société en pleine mutation et dans une Eglise qui elle-même ne cesse d’évo­luer, une réflexion sur le ministère pastoral semble indispensable afin de permettre aux pasteurs d’exercer leur fonction à la fois dans la joie et dans l’obéissance.

 

Deux écueils menacent le pasteur

 

·        d’une part, la fuite en avant dans un activisme sans limites, soit par souci de « remplir » et de « justifier » son ministère, soit pour tenter, par ambition personnelle et en se servant de sa qualité de pasteur, de « jouer le rôle » dans d’autres domaines que celui de son ministère propre.

·        d’autre part, le repli sur lui-même, soit par l’évasion dans un monde mystique, soit par désillusion entraînant découragement et résignation et pouvant aller jusqu’à la dépression.

 

Dieu a confié à l’ensemble des baptisés une mission dans le  monde. Quelle est alors la spécificité de celle du pasteur ?

 

La vocation que le Seigneur de l’Eglise confie à ses apôtres est de « porter son nom devant les nations » (Actes 9/15).

 

La vocation et la promesse de la présence du Christ ne vont pas l’une sans l’autre (Matth. 28/20).

 

La vocation implique aussi un engagement qui peut conduire à l’épreuve et à la souf­france (Matth. 10/38, 15/24).

 

Par l’ordination l’Eglise reconnaît les vocations qui se manifestent en elle et elle assure le pasteur de la promesse du Seigneur. Elle ne l’enlève pas du milieu de la communauté, mais lui confirme que son ministère vient du Seigneur et qu’il est assisté de la puissance du Saint-Esprit.

 

Le Seigneur lui donne la « parresia »  (la tranquille assurance) qui se nourrit de la pré­sence du Christ, de la certitude que son Esprit est à l’œuvre, avant lui et après lui, et qu’il a toujours libre accès au Père (Rom. 5/12). Cette certitude l’aide à lutter contre la résignation mais aussi contre le sentiment qu’il remplit une fonction dépassée et inutile dans notre société.

 

Le Seigneur lui accorde aussi  « l’exousia » (l’autorité) par son Esprit qui agit en lui. Si le pasteur se sent parfois inefficace, c’est qu’il pense que cette autorité lui fait défaut. Qu’il sache la vivre dans l’humilité et la modestie (Gal. 2/20 « ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi »).

 

Le ministère fait des pasteurs des « stewards», des « intendants des mystères de Dieu » (1 Cor. 4/2), service qu’il s’agit de remplir pleinement (2 Tim. 4/5 ; 1 Cor. 12).

 

Le plein exercice de ce ministère consiste à interpréter l’Ecriture, administrer les sacrements, annoncer l’Evangile à tous les hommes, construire la communauté et avoir le souci de son unité.

La vocation pastorale se vit dans le culte et dans la prière. Dimanche après dimanche le pasteur célèbre avec la communauté rassemblée le Christ ressuscité et retrouve avec elle la certitude que le Christ est présent dans la vie de tous les jours. Prière et méditation quotidiennes qui trouvent leur prolongement dans la poursuite d’études théologiques (lecture d’ouvrages théologiques, recyclages) permettent d’autre part au pasteur de se ressourcer.

 

La vocation pastorale se vit aussi dans le témoignage. Jésus envoie des « témoins » c'est-à-dire des hommes qui l’ont vu et entendu et qui ont vécu avec lui. Les pasteurs sont appelés à se situer dans cette chaîne des témoins par leur parole et leur vie. Ils doivent aussi aider la communauté à vivre son propre témoignage.

 

La vocation pastorale se vit enfin dans le service. Les pasteurs sont appelés à se met­tre au service de tous les hommes, plus particulièrement des « petits et des faibles ».

 

1)  Les communautés

 

Le pasteur est placé au sein d’une communauté de frères et de soeurs qui sont appelés à exercer avec lui le sacerdoce universel.

 

Il ne doit pas vivre avec la nostalgie d’un passé idéalisé, mais avoir un regard réaliste qui lui permette de discerner ce qui est et ce que le Seigneur lui confie.

 

Il ne faut pas dénigrer constamment sa communauté ni se plaindre d’elle ; ce serait s’enfoncer dans le découragement. Paul aussi avait bien des problèmes avec « ses Eglises ». Il qualifie cependant leurs membres de « saints », « appelés », « peuple de Dieu » de l’Eglise, Jésus dit, dans Matth. 15, que « les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle ».

 

Avec la communauté, le pasteur

 

·        recherchera le ressourcement communautaire dans la parole, dans le sacrement et dans la prière

·        accueillera l’offre de la rencontre et du partage fraternels, surtout avec les responsa­bles

·        acceptera la discipline fraternelle (Matth. 18) ; les critiques positives sont des services qui lui sont rendus

·        évitera l’esprit de clocher, étant à l’écoute des autres et de leurs problèmes, conscient que sa communauté n’est qu’une cellule de l’Eglise universelle.

 

2) La personne du pasteur

 

Bien qu’il ait parfois tendance à l’oublier, le pasteur est un homme comme les autres, avec son caractère, ses qualités et ses défauts. Il vit dans une société que domine la con­trainte de l’efficacité, le « Leistungszwang ». Il connaît des problèmes et des difficultés, mais, comme tout chrétien, il vit de la justification, du pardon et du renouvellement par la puissance du Seigneur.

 

Parce que notre Dieu fait grâce à tout homme, le pasteur peut vivre son ministère sou­vent difficile en partageant la joie de l’Evangile avec les autres

 

·        la vie personnelle du pasteur sera une vie authentique en Jésus-Christ.

·        le conjoint du pasteur cherchera à partager sa foi, l’unité du couple est un signe dans un monde souvent déchiré. Sans être la « bonne à tout faire », le conjoint du pasteur partici­pera à la mission de la communauté.

·        responsable devant son Seigneur, le pasteur fera preuve de conscience professionnelle ; il usera bien de son temps et de sa liberté aussi bien au cours de son activité qu’au sein de sa famille ;

·        il respectera le secret professionnel.

·        il aura à cœur une bonne gestion des biens de la communauté et de ses biens propres.

·        il sera ouvert aux autres et disponible à leurs besoins.

 

3)        Les collègues

 

Appelé à exercer son ministère en communion avec les autres, le pasteur cherchera à surmonter la solitude ; elle est à la fois un danger qui le guette et un risque qu’il court.­ Il y parviendra en recherchant l’entretien de cure d’âme et en acceptant de vivre le pardon (mutuum colloquium fratrum)

 

·        qu’il suscite la rencontre au sein des Consistoires ou secteurs pour partager le ministère, pour étudier et s’informer mutuellement, pour coordonner le travail ;

·        qu’il fuie tout esprit de jalousie et de concurrence et accepte la diversité des dons. Il saura respecter les orientations et les engagements différents des siens en reconnaissant l’enrichissement qu’ils lui procurent ;

·        qu’il lutte contre la susceptibilité, la médisance et les critiques malveillantes ;

·        en ce qui concerne les casuels, qu’il se soumette de bonne grâce à la réglementation en vi­gueur, ce qui évitera bien des tracas. Il doit faire preuve d’esprit de collégialité.

 

 

4)        La direction de l’Eglise

 

Toute vie commune implique la nécessité de respecter un certain nombre de règles et de se soumettre à une autorité bien conçue. L’exercice de l’autorité dans l’Eglise est un minis­tère parmi les autres ; le don de l’autorité parmi les dons de l’Esprit (1 Cor. 12,28).

 

Ainsi le pasteur :

 

·        saura reconnaître et accepter ce ministère, de coordination et de discernement ;

·        s’efforcera de faire régner un climat de confiance et de compréhension en évitant toutes critiques néfastes et inutiles ;

·        recherchera un dialogue franc et fraternel avec ceux qui sont appelés à exercer cette autorité.

 

« Les regards fixés sur celui qui est l’initiateur de la foi et qui la mène à son accomplissement » (Hébreux 12,2), le pasteur, tout au long de son ministère, reste un disciple du Seigneur. Par la prière, la méditation et le silence il prend conscience de sa communion avec le Seigneur. Cette communication passe aussi par l’écoute de la Parole.

 

L’assurance que le ministère est à la fois " don" et “devoir" (Gabe und Aufgabe) permet au pasteur, quelles que soient les situations où il se trouve, d’exercer son ministère dans la joie et la reconnaissance.

 

(Texte adopté par le Directoire en sa séance du 18 février 1982)